Cardinal Stepinac
LE CARDINAL STEPINAC: Martyr des droits de l'homme
M. Landercy
3. J'ai remis au tribunal l'original de la lettre du Secrétaire d'Etat au Vatican, le cardinal Maglione, en date du 17 juin 1943, dans laquelle celui-ci accuse réception à l'Archevêque, de son rapport, en résumant son contenu, d'après lequel l'Archevêque fait état de son activité déployée en faveur des Israélites et des Serbes en Croatie. La copie du soidisant rapport est datée du 20 mars 1943, et la lettre de Mgr Maglione du 17 juin 1943. Le rapport, qu'à cette époque l'Archevêque aurait pu adresser au Saint-Père, ne pouvait avoir un autre contenu que celui que le cardinal Maglione résuma dans sa lettre. Or, le rapport, dont la réception fut confirmée par le cardinal, contredit entièrement le contenu de la copie et ce que le procureur reproche à l'Archevêque sur la base dudit document.

4. Tous les rapports de l'Archevêque sont rédigés en un style ecclésiastique traditionnel, qui se reconnaît surtout au début et à la fin du rapport. Ces rapports commencent par la formule suivante:

"Beatissime Pater, Aloisius Stepinac, archiepiscopus zagrebiensis ad pedes Sanctitatis Vestrae humilissime provolutus, ea quae sequuntur exponit" (suit ensuite le contenu du rapport). Le rapport se termine par cette formule: "Et Deus... etc. Aloisius Stepinac, archiepiscopus zagrebiensis. "

Cependant nous avons tous entendu que le commencement et la fin de Ia copie, qui a été lue par le procureur, étaient entièrement différents, ce qui exclut complètement le fait que l'Archevêque aurait été l'auteur de cette copie, c'est-à-dire de son texte original, au cas où il en existerait. Le style du contenu de la copie ne correspond nullement au style ecclésiastique, style bien familier à l'Archevêque. Le contenu de la copie est long et se réfère à des affaires qu'en général l'Archevêque ignorait complètement.

5. On ne trouve sur la copie aucune annotation concernant la date et la personne par l'intermédiaire de laquel'le l'original aurait été expédié, et on n'a trouvé non plus aucune information à ce sujet dans les archives du Ministères des Affaires étrangères oustachistes.

6. Dans le texte de la copie on désigne l'Archevêque comme a Metropolita Croatiae et Slavoniae (Métropolite de Croatie et de Slavonie), mais l'Archevêque ne s'est nulle part présenté comme Métropolite de Slavonie.

Dans ces conditions, non seulement je ne dois pas accepter l'affirmation du procureur sur l'authenticité de la copie du rapport, mais encore je dois - au moins jusqu'à l'apport de preuves plus probantes la considérer comme un faux des oustachis ou un essai de faux. Etant donné ces arguments si puissants, aucun verdict ne peut se baser sur cette copie qui aurait apporté des preuves contre l'Archevêque.

En vain - à côté des argumeni que j'ai énoncés - le procureur cite le prince Lobkovicz, camérier du Pape à Rome et en même temps représentant du gouvernement oustachiste. Si le procureur accorde sa confiance à cet agent oustachiste, j'ai des raisons pour ne pas le croire. Rusinovic et Lobkovicz, ces "diplomates" oustachistes, qui se plaignaient d'être méprisés par tout 'le monde, devaient à tout prix apporter une justification de leur présence à Rome, où le séjour était beaucoup plus agréable que dans l'Etat Indépendant Croate. Ils devaient apporter à leurs maîtres quelques preuves de leurs succès, mais n'ayant pu en obtenir, ils se sont vus obligés de s'éloigner de la vérité. D'ailleurs, quand on examine plus attentivement leurs rapports, on constate que l'Archevêque évitait avec habileté leurs suggestions qu'ils présentaient intentionnellement comme couronnées de succès. Il est incroyable, et l'Archevêque aurait été bien naïf s'il avait pu espérer - et encore moins souhaiter - de la part du Saint- Siège une action en faveur du soi-disant Etat Indépendant Croate. Ces faits se déroulaient à une époque où il était absolument certain qu'Hitler et ses satellites avaient perdu la guerre, et où, par conséquent, l'écroulement de sa création, l'Etat Indépendant Croate, devenait inévitable. Cela se passait au mois de mai 1943 quand les Arnéricains s'étaient depuis longtemps installés en Afrique, quand les Allemands avaient été chassés de Stalingrad et forcés à une constante retraite, quand l'Afrique, après la complète défaite de l'armée de Rommel, avait été entièrement nettoyée des Allemands et des Italiens, quand les Anglo-Américains se préparaient au débarquement dans le "Bastion Européen". En effet, peu après - comme on le sait ils débarquèrent en Sicile, le 6 juin 1943. Comment, dans ces conditions, pourrait-on croire que l'Archevêque, qui jusqu'à ce moment-là était incontestablement un adversaire du soi- disant Etat Indépendant Croate et faisait à son sujet des rapports défavorables, comment aurait-il brusquement - justèment au moment le plus inopportun - au moment du complet renversement de la situation militaire, qui faisait clairement entrevoir l'avenir, comment aurait-il changé d'attitude envers l'Etat Indépendant Croate et commencé à le défendre? Rappelons-nous seulement que ses plus violents sermons contre Hitler et les oustachis furent prononcés précisément en 1943.

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