Cardinal Stepinac
LE CARDINAL STEPINAC: Martyr des droits de l'homme
M. Landercy
La réaction du gouvernement oustachiste apeuré par le discours prononcé par l'Archevêque le 31 octobre 1943, à la fin de la procession du pardon, indique bien comment ce discours fut accueilli par ce gouvernement et jusqu'à quel point l'activité de l'Archevêque irritait les autorités oustachistes. Un membre; du gouvernement oustachiste, le soi-disant Ministre Dr. Julije Makanec, publia, le 7 novembre 1943, dans l'organe oustachiste "Hrvatski Narod" (Le Peuple Croate), un article où il attaque violemment l'Archevêque Stepinac, et, s'efforçant de le ridiculiser, l'avertit qu'il ne doit pas intervenir dans les affaires politiques. Or, l'activité politique de l'Archevêque était centrée sur la condamnation des violences oustachistes.

On reproche à l'Archevêque d'avoir assisté, le 23 février 1942, à l'église Saint-Marc, à la cérémonie de bénédiction à l'occasion de la séance d'ouverture du "Hrvatski Sabor" (Chambre des députés de la Croatie). Nous avons entendu un témoin qui a déclaré qu'on avait dû faire de grands efforts pour persuader l'Archevêque de se rendre à cette cérémonie religieuse. On a donné ici lecture d'une partie seulement de son discours à cette manifestation, mais on n'a pas lu la partie principale, qui révèle les vraies intentions de l'Archevêque. La voici: "Je souhaite a que le "Sabor" (La Chambre des Députés) vote des y lois honnêtes qui ne contredisent pas la loi divine, afin d'obtenir la bénédiction du Créateur... et qu'elle fasse des lois justes, afin que les devoirs et les droits soient égaux pour tous. Je souhaite qu'elle vote des lois raisonnables, afin que le peuple ne soit pas o accablé d'impôts insupportables, et que le Juge Eternel, qui dirige les destinées du monde de sa main puissante, inculque dans l'esprit de l'Assemblée Nationale Croate et le coeur de tous vos collaborateurs un sens profond des responsabilités, afin que je puisse efficacement vous aider, vous qui êtes à la tête de l'Etat Indépendant Croate, dans l'oeuvre de la reconstruction et de l'édification de notre cher pays, fondé sur les principes chrétiens de l'Evangile."

Il était impossible, à cette occasion, pour l'Archevêque, d'éviter de parler de Pavelic comme chef de l'Etat Indépendant Croate, mais, en lui souhaitant la réussite, il n'a pas manqué de faire ressortir les lois malhonnêtes et injustes mises en vigueur par le régime et le sens défaillant des responsabilités.

Pavelic a tellement bien compris ce discours qu'aussitôt après, en faisant allusion à Stepinac, il a, avec irritation, dit à son aide de camp: "Cet imbécile prétend me donner des leçons de politique." Deux témoins entendus par le tribunal ont confirmé ces propos de Pavelic.

D'après la même déposition de ces deux témoins, les relations, jusqu'alors mauvaises entre l'Archevêque et Pavelic, ont encore empiré. Je dois également souligner que ce "Sabor" (Chambre des Députés) n'avait pas de passé propre, de sorte que l'Archevêque n'avait pas de raison de lui faire des reproches. Ses membres n'étaient pas élus par le peuple mais nommés par Pavelic et pour cette raison il ne s'agissait pas d'une Assemblée d'Etat. Cependant cette soi- disant Assemblée pouvait avoir un avenir positif. Malgré sa composition, elle a partiellement réalisé les espoirs des esprits bien intentionnés. Une forte opposition avait commencé à se former dans son sein, ce qui a amené Pavelic, après une courte session, à ne plus la convoquer. Une des causes de l'attitude de Pavelic se trouve dans l'interpellation déposée par deux membres de l'Assemblée, le Dr. V. Prebeg et le Dr. Ljubic de Banja Luka, qui demandèrent une explication sur l'internement du Dr. Matchek, chef du parti paysan croate. Je dois également noter que l'Archevêque avait interdit à quatre prêtres, qui avaient été nommés membres de cette Assemblée, d'accepter cette fonction. Une lettre de l'Archevêque Stepinac, en date du 8 février 1942, que j'ai remise au tribunal, en fournit la preuve. On a lu ici la lettre adressée par l'Archevêque à Pavelic au sujet d'un nouveau plan de persécution des Juifs. Il prend la défense des Israélites, des orthodoxes et de tous les persécutés.

II reproche ouvertement à Pavelic de persécuter les catholiques mariés avec des femmes d'origine israélite, lui qui n'applique pas la soi-disant loi aryenne à sa propre personne ni à celle de certains membres de son gouvernement. En effet, la femme de Pavelic et celle de son soi-disant Ministre Zanic étaient Israélites. Dans la même lettre, l'Archevêque, faisant nettement allusion aux Allemands, écrit ceci: "S'il s agit, dans cette affaire, de l'immixtion d'une autorité étrangère dans notre politique intérieure, alors je ne crains pas que ma protestation parvienne à la connaissance des organes de cette autorité. L'Eglise catholique ne craint aucun pouvoir terrestre, quand il est question de la défense des Droits de l'Homme les plus élémentaires.

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