Quand je pense à cet entretien, je me rappelle les scènes des "Misérables" de Victor Hugo, où le bon évêque reçoit le forçat Jean Valjean et rend visite au vieux révolutionnaire, un membre de la Convention, un athée, qui vivait complètement isolé et que tout le monde fuyait. Aucun lecteur ne voit quelque chose de blâmable dans cette attitude de l'évêque catholique à l'égard des criminels et des bannis de la société, attitude qui ne fait qu'imiter l'attitude du Christ envers Marie-Madeleine et envers le larron repentant. Et même si l'Archevêque de Zagreb avait reçu Lisak sciemment, ne devrait-on pas interpréter ce geste comme on interprète le geste de l'évêque du roman de Victor Hugo?
L'Archevêque de Zagreb a horreur de la politique de la conspiration et des intrigues, de tout ce qui, à un moment donné, pourrait porter préjudice à l'Eglise et à l'Etat, et pour cette raison, il ne veut plus recevoir Lisak, après l'avoir reçu par suite d'une tromperie.
Lela Sopianec
Que dire du cas de Lela Sopianec? Stepinac a reçu tant de milliers d'hommes et de femmes, qu'avec la meilleure mémoire du monde il ne pourrait se rappeler chaque personne. Il se souvient seulement d'une femme venue de Trieste avec un chapelet. Il se rappelle aussi un étudiant émigré qui revenait de Salzburg. Il se souvient de cet étudiant parce qu'il l'avait immédiatement interrompu quand il commença à parler de politique.
Les "krizari" (Croisés anticommunistes)
Comme je l'ai déjà dit, tout le monde peut être victime de cas semblables. L'Archevêque ne peut pas être tenu pour responsable, si les oustachis et d'autres émigrés se sont trompés dans l'appréciation de son attitude et, si, faisant fausse route et préoccupés de leur situation désespérée, ils ont essayé de se rapprocher de lui. Lettrs tentatives sont leur oeuvre, et non celle de Stepinac. Cèpendant, son refus est son oeuvre. Ce refus, est-il un acte répréhensible? hIe faut-il pas voir là au contraire la preuve qu'il ne voulait aucune activité illégale et n'y trempa jamais?
Et si quelqu'un de nous recevait une telle
Un cas semblable se présente en ce qui concerne les lettres, c est-à- dire les missives de Moskov. Ces missives ne furent pas adressées à l'Archevêque, comme on le voit d'après l'adresse du destinataire (Stephano donc Lackovic) et le témoignage du Dr Gulin. Et quand, malgré cela, on les remet à l'Archevêque, il en interrompt la lecture après quelques lignes et les jette au panier. A qui d'entre nous ne peut-il arriver que Moskov, Luburic, Pavelic et leurs semblables nous adressent des lettres d'un contenu incriminable, contenu qui ne se trouve même pas dans les missives naïves de Moskov? C'est notre attitude qui seule compte dans un cas semblable.
Et nous avons vu la réaction de l'Archevêque provoquée par la missive de Moskov: il la jette au panier. Je veux par conséquent poser la question suivante : comment peut-on, sur la base de ces visites indésirables, de ces missives également indésirables, et en général des actes des tiers, forger une collaboration avec les a krizari" (les croisés), avec les terroristes, avec la réaction, intérieure et extérieure, etc? Si un pareil échafaudage est admis, personne d'entre nous ne sera immunisé contre une accusation et une condamnation semblables.
Lettre pastorale du 20 septembre 1945
Le grief de la dernière incrimination (chapitre 5) est plus sérieux. C'est la lettre pastorale de la Conférence des Evêques, en date du 20 septembre 1945.
Certainement elle est l'oeuvre non seulement de l'Archevêque, mais encore des 17 autres évêques de Yougoslavie, qui'l ont signée avec une annotation particulière qui déclare que tout l'épiscopat de Yougoslavie en assume la responsabilité.
Examinons un peu cette lettre pastorale! Les évêques y expriment tout d'abord leur reconnaissance à Dieu pour la cessation des luttes fratricides.
Dans cette déclaration, l'Archevêque Stepinac et les autres évêques approuvent le principe de la fraternité des peuples de Yougoslavie.
Quels sont donc les motifs qui ont amené les évêques à rédiger cette lettre? La lettre pastorale répond textuellement : "Le souci du bonheur moral des fidèles!" Dans quel but fut-elle publiée? La réponse se trouve dans la lettre; à savoir: que la situation de notre pays dans la période d'aprèsguerre se normalise le plus tôt possible!
En quoi les évêques voient- ils notre situation d'après-guerre confuse? Dans la négligence de résoudre les questions encore litigieuses entre l'Etat et l'Eglise.