Cardinal Stepinac
LE CARDINAL STEPINAC: Martyr des droits de l'homme
M. Landercy
Liberté de l'Eglise et respect des Droits de l'Homme

L'Archevêque Stepinac et les dix-sept autres évêques exposent publiquement, à la fin de la lettre pastorale, des revendications qui toutes concernent uniquement l'Eglise - sauf une. - Ces revendications ne peuvent rien avoir de commun avec l'activité des "krizari" (les croisés), des insurgés, des oustachis, et des ennemis extérieurs et intérieurs de notre pays. Nous avons dit: sauf une de ces renvendications, car elle est de caractère général et plaide en faveur de la liberté totale de la personne humaine et de ses droits inaliénables. La lettre pastorale considère les revendications de l'Eglise catholique comme une condition préalable à l'assainissement de la situation dans notre pays et à la réalisation d'une paix intérieure durable. Pour cette raison, nous considérons comme injustifiées les incriminations de l'accusation dans ce domaine.

L'esprit de la lettre pastorale, - malgré certaines inexactitudes et exagérations - , n'est néanmoins pas tel que celle-ci puisse pousser quelqu'un sur une mauvaise voie ou vers une activité dirigée contre l'Etat, comme on l'a plusieurs fois affirmé au cours de ce procès. Le co- inculpé, Modesto Martincic, provincial de l'Ordre des Franciscains, s'efforce toute fois d'une manière peu chrétienne de se justifier en invoquant la mauvaise influence que la lettre pastorale aurait exercée sur son esprit. Cependant, on ne doit pas oublier que les actes qu'on lui repruche, sont de beaucoup antérieurs à celle-ci, et que durant l'occupation il n'a rien fait qui ressemblerait à l'oeuvre charitable, salutaire et courageuse de l'Archevêque Stepinac ; enfin, Martincic nous a fait ici un incontestable aveu, d'où il résulte que deux mois après la publication de la lettre pastorale il ne l'avait pas encore lue et que d'après ce qu'il en avait entendu dire, il ne lui avait attribué aucune tendance politique.

Dans l'appréciation de la lettre pastorale et d'autres nombreux facteurs qui s'y rattachent, il faudrait, Messieurs les Juges du Tribunal Populaire Suprême, prendre en considération le fait que l'Archevêque Stepinac est le plus authentique représentant de l'Eglise et de la religion catholique en Croatie et même dans toute la Yougoslavie. Quant à l'importance de la religion catholique pour le peuple croate, l'attitude publique de feu Stjepan Radic peut aussi servir de preuve: quand cet ancien guide du peuple croate, qui connaissait à fond son âme, tenait une réunion publique, il ouvrait celle-ci en saluant l'assistance avec ces paroles: "Loués soient Jésus et Marie..." Si, d'autre part, au cours de son discours, la cloche de l'Eglise se mettait à sonner, il enlevait son chapeau pour la prière et son geste était imité par toute l'assistance, qui parfois comptait plusieurs dizaines de milliers d'auditeurs. On peut donc aujourd'hui encore dire que, chaque fois que l'Archevêque Stepinac prend la défense de l'Eglise et de la religion catholiques, il a, à ses côtés, la majorité du peuple croate. C'est un fait qu'on ne peut passer sous silence.

On ne doit pas non plus négliger le passage de la lettre pastorale du 20 septembre 1945, où il est dit que les évêques ne désirent aucunement provoquer une lutte contre les nouvelles autorités, mais au contraire chercher l'entente avec les pouvoirs publics et qu'à cet effet, ils se sont efforcés plusieurs fois - l'Archevêque a déclaré quinze fois - d'informer par écrit les autorités compétentes sur le point de vue de l'Eglise catholique. Ils ont souligné à cette occasion que le dernier mot, sur toutes les questions intéressant à la fois l'Eglise et l'Etat, appartenait au Saint-Siège. J'y ajoute l'affirmation de l'Archevêque, à savoir qu'il avait entretenu verbalement de tout ce problème le président du gouvernement fédéral, le maréchal Tito, et le président de la République Populaire de Croatie, M. Bakaric, à l'occasion des audiences qu'ils lui avaient accordées après la libération. C'est tout ce que j'ai voulu dire au sujet de la lettre pastorale. Avant de conclure, je voudrais examiner encore quelques détails de ce procès.

Discours de Bakaric

Au cours de celui-ci, j'ai, entre autres, parlé du discours bien connu, prononcé par le président du Conseil du gouvernement croate, Vl. Bakaric, à la Chambre des Députés, le 24 mars 1946, discours où il a expressément reconnu que les hauts dignitaires du clergé ne s'étaient pas, jusqu'au début de 1945, prononcés en faveur des Allemands et de l'Etat oustachiste. A cet argument probant, le procureur m'a répondu qu'à cette époque le président du Conseil ne connaissait pas l'affaire des documents des archives du Ministère des Affaires étrangères. Je ne pouvais vraiment pas m'imaginer qu'au mois de mars 1946, M. le président du Conseil ne savait pas encore que le gouvernement avait reçu ces documents au mois d'octobre 1945. Malgré tout cela, je tiens comme loyale, en ce qui concerne M. Bakaric, la réponse du procureur. Cependant, je dois répondre à ce dernier qu'il a basé son acte d'accusation sur des faits dont il n'a pas pris connaissance par des archives seulement, mais qu'il connaissait auparavant. Le procureur n'a sorti les documents des archives qu'au cours des débats, et moi je crois avoir aujourd'hui apporté un grand nombre d'arguments assez solides pour contester l'authenticité de ces documents. Par conséquent, ma référence au discours de Vl. Bakaric est encore valable en ce qui concerne les incriminations de l'acte d'accusation, incriminations qui se rapportent à la période qui va jusqu'au début de 1945 et elles sont, jusqu'à cette date, les plus nombreuses.

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