Au cours du procès, le procureur a, à plusieurs reprises, déclaré que l'Archevêque Stepinac mentait, une fois même il lui a dit en face qu'il était un menteur. Paroles graves qu'on adresse uniquement à quelqu'un qui ment intentionnellement. En guise de preuve de ces graves paroles, le procureur a cité la réponse que l'Archevêque Stepinac a faite à la déclaration de Bakaric dans la presse. Dans cette déclaration de Bakaric, il est dit que l'archevêque avait menti en écrivant qu'il n'avait pas vu Lisak chez lui. En lisant attentivement le discours de Stepinac, on peut voir que l'Archevêque n'avait pas dit cela. Nulle part dans ce discours il n'a affirmé que Lisak n'avait pas été chez lui. Au fait que d'autres aussi ont correctement compris la réponse de l'Archevêque - et non comme l'a interprétée le procureur - j'ai fourni comme preuve le journal Vjesnik, du 11 janvier 1946, o¨ fut publié tout un article contre l'Archevêque Stepinac et dans lequel il est dit que ce dernier reconnaissait avoir reçu Lisak chez lui. Cet article est entièrement consacré à une attaque contre l'Archevêque. A l'instar du collaborateur du Vjesnik, tout le monde a ainsi compris la réponse de l'Archevêque, sauf Monsieur le procureur.
Comportement des journaux communistes
Puisque je parle de journaux, je dois citer aussi un autre quotidien de Zagreb, Narodni List, qui a publié deux articles contre l'Archevêque Stepinac, sous la signature Dr J.P. On y accuse l'Archevêque de n'avoir pas bougé un seul doigt en faveur de cinq prêtres slovènes emprisonnés et exécutés ensuite à Jasenovac; parmi eux se trouvait le prêtre Rihar.
Celui-ci, selon ce journal, aurait été tellement indigné par la soi- disant indifférence de l'Archevêque pour leur sort qu'il aurait, avant son exécution, confié son bréviaire à l'auteur de l'article avec la recommandation ironique de le remettre à l'Archevêque à titre de remerciement pour les démarches de ce dernier en sa faveur. Laissant de côté le fait que l'auteur de cet article infâmant n'a pas fait la commission de Rihar, c'est-à-dire n'a pas transmis le bréviaire ni le message à l'Archevêque, n'a pas tenu compte de l'état d'esprit bien connu qui règne chez presque tous les détenus, - à savoir leur désir de voir tout le monde s'occuper de leur sort et leur amertume que personne ne s'en soucie - sans égard aussi au caractère de cet auteur, laissant tout cela de côté, je tiens à déclarer ceci: j'ai remis aux mains du tribunal quatre documents qui prouvent incontestablement que l'Archevêque a fait de grands efforts en faveur des cinq prêtres slovènes, surtout en faveur de Rihar; que dans son indignation il a adressé à Pavelic une lettre très sévère, dans laquelle il a textuellement dit, entre autres: "Ce cas est une tache honteuse et un crime qui appelle la vengeance du ciel, et tout Jasenovac est une tache honteuse pour l'Etat Indépendant Croate". Le journal Narodni List n'a pas publié la mise au point qui lui a été adressée, et c'est ainsi que l'opinion publique a pu croire à de pareils mensonges sur l'Archevêque.
D'une manière générale, l'Archevêque n'a jamais eu la possibilité de se défendre dans les journaux qui l'ont attaqué.
Entraves mises à la défense
A moi non plus, c'est-à-dire à la défense, on n'a jamais, au cours de ce procès, accordé la faculté de réfuter par des preuves et de démolir complètement tout ce que le procureur a apporté ici contre l'Archevêque sur l'activité de l'institution "Caritas". Dans tout Zagreb et en dehors de cette ville on connaît les nombreux bienfaits accomplis par l'Archevêque Stepinac, par l'intermédiaire de cette institution en faveur des pauvres, sans égard à leur opinion politique, à leur confession ou nationalité on sait aussi quel grand nombre d'enfants - surtout des enfants d'orthodoxes et de partisans combattants - il réussit à sauver. Il en sauva 7 000 environ de Kozara. N'a-t-il pas rassemblé autour de cette institution un nombre important de citoyens antifascistes? Son activité généreuse en faveur de "Caritas ", l'Archevêque pourrait avec raison s'en enorgueillir, s'il n'était pas trop modeste.
Ses sermons et sa résistance à l'occupant ont rendu son nom célèbre. Malgré cette oeuvre, reconnue, aussi bien par ses amis que par ses ennemis, le procureur a essayé au cours du procès de présenter "Caritas" sous les couleurs les plus sombres en citant une déclaration de feu Dumic, directeur de cette institution, essayant par celui-ci de viser aussi l'Archevêque. J'ai au contraire proposé ici comme preuve l'audition d'un certain nornbre de témoins qui auraient montré que feu Dumic avait fait ces déclarations peu avant sa mort, à un moment où il était irresponsable, et qu'il les avait démenties quand il avait repris conscience. J'ai proposé ensuite de déposer un important dossier contenant des documents et les noms des témoins, ce qui aurait permis de voir l'oeuvre de a Caritas" et de l'Archevêque sous son aspect réel et de réfuter ainsi toutes les affirmations et toutes les preuves étalées par le procureur. Mais on n'a pas admis mes preuves. Ce refus ne sera pas préjudiciable â l'Archevêque auprès du public qui durant l'occupation avait eu la possibilité de suivre directement son activité. Cependant, je considère ce refus des preuves comme une omission essentielle du tribunal; celui-ci étant l'unique et dernière instance, on ne peut donc faire appel à une instance supérieure, où l'on aurait le droit de réfuter tous les vices de procédure.