Cardinal Stepinac
LE CARDINAL STEPINAC: Martyr des droits de l'homme
M. Landercy
b) Le sens commun le confirme. Pourquoi supposer que l'on veut arriver à un but mauvais au moyen d'un acte qui a donné un bon résultat? A côté des quelques prêtres coupables et qui ont été expulsés de l'Eglise, il y a une légion de prêtres braves, honnêtes et sensés qui restèrent à leur poste loyalement, qui y sont encore aujourd'hui et qui sont tenus en haute estime par le peuple. Il est nécessaire d'insister sur le fait qu'un nombre infime de prêtres étaient dans les rangs des Oustachis ou bien leur montraient de la sympathie. Au dire des 50 témoins questionnés ici, les cas de rebaptême furent très rares sur le territoire de l'Archidiocèse de Zagreb et les prêtres de ce diocèse inculpés dans ces cas sont encore plus rares.

c) Mon affirmation est prouvée par la réaction de l'Archevêque lui-même qui se révolta contre cette violence, retint et calma ses prêtres, envoya le chanoine Loncar protester, et - nous l'avons entendu - déclara qu'il ne voulait pas de convertis, à moins qu'ils ne deviennent catholiques de leur propre volonté, après avoir pris leur décision librement.

3) Mais la terreur s'accrut. On s'aperçut que les méthodes de temporisation ne suffisaient pas. Les têtes tombaient. Les gens envahissaient l'église, pleurant, plaidant et criant: "Ouvrez-nous vos portes!" En effet le chaos dominait tout. Zagreb était isolé, la campagne plongée dans un océan de désordre, les communications manquaient avec beaucoup de paroisses. Les méthodes indiquées par l'Eglise n'étaient plus adaptées.

Les circonstances exigeaient qu'on ouvrît la porte et qu'on acceptât les rebaptêmes en nombre de plus en plus grand. C'était la seule façon de sauver des vies. Que l'Eglise néanmoins se soit conduite comme il fallait et qu'elle se soit adaptée à ces circonstances, cela est démontré clairement par la circulaire du 2 mars 1942 sur les formalités à suivre pour les conversions. Il y était déclaré que le motif principal de la conversion devait être la foi en la vérité de la religion catholique; quant aux motifs secandaires, pourvu qu'ils ne soient pas malhonnêtes, ils ne seraient pas un obstacle à la conversion. Cela signifie qu'il faut ouvrir la porte, pour que les malheureux puissent trouver protection.

4) Tout le mouvement concernant le "rebaptême" s'arrêta soudain en 1942. Les raisons en furent l'échec politique et moral de ceux qui avaient commis des actes de violence et le progrès croissant de la lutte pour la libération du peuple. Bientôt tout cela ne sera plus qu'un épisode sur lequel l'Histoire rendra son verdict. Quelle fut alors l'attitude de l'Archevêque Stepinac en face des événements que nous venons de raconter?

Si nous ne connaissions pas directement l'opinion de l'Archevêque, il nous faudrait conclure de tous ces événements que ses intentions étaient les mêmes que celles de l'Eglise en général: aider les gens, demander du temps, mais ne pas exploiter le peuple. A aucun moment, il n'exerça de violence, ni directement lui- même ni indirectement par un autre. Se trouvant devant le fait accompli, il était naturel qu il prît une décision et donnât des directives: vers la fin de 1941 eut lieu la Conférence épiscopale ainsi que l'établissement du Comité des Trois dont l'Archevêque était président, pour surveiller les conversions.

Je me suis donné beaucoup de peine pour examiner les documents, mais je n'ai pu trouver trace d'aucune preuve que ce Comité ait jamais fait aucun travail. Juges du Tribunal Populaire! il vous faut prêter grande attention à ce fait, parce que si ce Comité n'a pas travaillé, alors on ne peut affirmer, comme le fait l'accusation, que l'Archevêque, comme chef de ce Comité, était le principal responsable du rebaptême forcé. Au contraire, il faut conclure que toutes les actions de l'Archevêque, quant à la fondation du Comité, et toute son oeuvre en général, avaient le même caractère que les actes de l'Eglise déjà décrits: hésitation, temporisation, souci, mais nullement exploitation des violences commises par les Serbes.

Au fur et à mesure que croissaient la terreur et la persécution, le besoin d'une aide plus effective se faisait sentir. Il n'était plus question d'appliquer les règles canoniques, mais de sauver des vies, l'assistance devenait un devoir. L'Archevêque offrit son aide dans la mesure du possible aussi bien aux non "rebaptisés" qu'à ceux qui l'étaient.

Pendant le cours de ce procès, je me suis grandement intéressé à la question de vérifier le nombre de Serbes dont la vie a été préservée, à ce momentlà, et, pour un grand nombre, définitivement, par leur conversion à la religion catholique. Je n'ai pu réussir à obtenir ces chiffres. Mais je désire vivement les connaître, car je tiens, à titre de Croate, à être fier de l'oeuvre secourable accomplie si abondamment par un compatriote dans l'intérêt des persécutés et des souffrants dans les temps les plus difficiles.

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