Si nous considérons la pensée de l'Archevêque Stepinac et ses intentions concernant l'affaire des "rebaptisés ", nous concluons:
Il était persuadé que des conversions forcées ne pouvaient être acceptées ni approuvées par l'Eglise ou par lui-même en quelque circonstance que ce soit.
Il était persuadé que l'admission des orthodoxes dans l'Eglise catholique se faisait en vue de les aider et souvent de leur sauver la vie.
Voilà ce que l'Archevêque pensait.
Dans le passé récent, il était souvent impossible de ne pas choisir un moindre mal pour obtenir un plus grand bien. Il est nécessaire de mettre cela dans la balance pour démontrer que l'Archevêque a choisi la manière humaine comme étant la meilleure.
En ce qui concerne le Vicariat Militaire (section n°3 de l'accusation), je voudrais vous rappeler et vous demander de vérifier que l'Archevêque a reçu son assignation comme Ordinaire des Armées un mois après que le gouvernement Oustachi eût désigné Vucetic et Cecelja comme aumôniers militaires.
Il fut impossible de les déloger. Comme j'ai pu le prouver, l'Archevêque n'avait de fait aucun pouvoir comme Ordinaire des Armées, si ce n'est celui de suspendre les prêtres qui s'étaient conduits indignement. Toute influence effective appartenait au Ministère et aux autres agences. Le chaos que j'ai décrit précédemment prévalait dans ce Ministère, si bien que je n'ai pu découvrir quels prêtres avaient été validement nommés Aumôniers militaires et surtout si c'était ceux qu'indiquait l'accusation. Mais en tout cas, n'oubliez pas que l'Archevêque fut un bon Pasteur, dans le vrai sens du terme, qui libéra d innombrables prisonniers et sauva ceux qui étaient condamnés à mort, même vos officiers.
J'hésite à insister là-dessus. Je mentionnerai seulement, en passant, la charité immense déployée par l'Archevêque, le nombre incalculable de personnes aidées et sauvées par lui. Tout, cela est trop connu et je suis sûr qu'il ne désire pas que j'en parle puisqu'il le fit avec sa grande générosité, par devoir, et non pour en récolter un profit. Je vous demande de prendre en considération tous ces faits et de juger sur des faits seulement.
Injuste condamnation
Les juges ne voulurent pas accepter les preuves d'innocence de Mgr Stepinac présentées par les discours de ses avocats, surtout celui de Me Politeo.
J. Blazevic, le procureur général, s'obstina dans son attitude, l'appuyant de paroles brutales et injurieuses comme pour justifier le proverbe national: "Les moqueries et les injures sont les armes entre les mains du faible". Son comportement d'ailleurs rappelait étrangement les mots du Seigneur: "Ceux qui regardent, ne voient pas, ceux qui écoutent, n'entendent pas" (Mt 13, 13; Mt 4, 12), car il attaquait jusqu'aux prédications de l'Archevêque les qualifiant de fascistes, au service des oustachis et de l'occupant du pays.
Le 11 octobre 1946, l'Archevêque fut condamné à la perte de la liberté et au travail forcé pendant 16 ans ainsi qu'à la perte des droits civils et politiques pendant cinq ans, pour crime contre le peuple et l'Etat.
Huit jours après, Mgr Stepinac fut conduit à la prison de Lepoglava.
Après sa condamnation, on diffusait dans les salles de cinéma de toute la Croatie le film: "Stepinac devant le Tribunal du peuple" où des montages sur les atrocités de la guerre étaient accompagnées du commentaire:
"Stepinac a aidé et béni tout cela".
Réactions du monde entier
L'Osservatore romano, mentionnant la condamnation de Stepinac, commençait son article en jugeant cette condamnation par la devise de Louis XIV: "L'Etat, c'est moi ", et l'appliquait au communisme athée, à Tito et au Parti communiste. Ce procès, continuait l'article, fut uniquement politique. Si l'Archevêque de Zagreb avait accepté de marcher dans la ligne fixée par le parti communiste, il eût été, au contraire, vénéré, mais il aurait trahi le Christ et son ordre de sauvegarder la vérité et l'amour envers tous.
Milovan Djilas, un des plus importants piliers du communisme après Tito, en ce temps-là, avait déclaré au cours d'une conversation avec le sculpteur Mestrovic: