Cardinal Stepinac
LE CARDINAL STEPINAC: Martyr des droits de l'homme
M. Landercy
La déclaration de Wilson en juin 1918 qui s'adressait aux peuples de l'Empire austro-hongrois, approuvait entièrement une évolution des Balkans dans une voie de développement indépendant.

Le président de ce "Comité Yougoslave" était un Croate du nom de Ante Trumbic. Il voulait le fédéralisme. Parmi les Croates, les uns étaient pour le fédéralisme, les autres pour un Etat indépendant croate.

Etant donné que beaucoup de Croates étaient prisonniers de guerre des Alliés, notamment des Italiens, le "Comité Yougoslave" invita ces prisonniers à constituer une légion yougoslave aux côtés des Alliés. C'est ce que fit A. Stepinac pour quitter la prison; on l'envoya à Salonique le 6 décembre, et de là, en Macédoine yougoslave.

Le 28 octobre 1918, l'Empire austro-hongrois sombrait par la capitulation de ses arméés. Le 29, la Diète croate "Sabor" siégeant à Zagreb, proclama l'annulation de la coalition avec l'Empire et, comme représentante officielle de la majorité du peuple Croate, proclama: l'Etat épendant de Croatie.

"Sabor" ne voulait pas fonder un Etat commir avec les Serbes. Seuls quelques politiciens du "Comité Yougoslave" préconisaient une telle solution. Ceux- ci constituèrent un "Conseil du Peuple" sans représentation démocratique du peuple Croate. Ce "Conseil du Peuple", sous la présidence de A. Korosec, décida l'union de la Croatie, de la Slovénie et de la Serbie en un seul royaume, sous la dynastie des Karageorgevitch. Les Croates se trouvèrent placés devant une situation de fait; les protestations furent vaines et noyées dans le sang. On peut dire que les premiers tenants de l'indépendance croate au xxe siècle sont tombés à ce moment-là. Devant les mesures de répression de Belgrade, il ne resta au Parti croate qu'à se cantonner dans une résistance passive. C'est ainsi que les Croates refusèrent de participer à l'établissement des structures politiques et administratives du nouvel Etat (2).

En juin 1919, Alojzije Stepinac est démobilisé et classé sous-lieutenant de réserve. Tous ceux qui étaient à ses côtés pendant les années de guerre, témoignaient leur estime et leur admiration à son endroit. Ils avaient remarqué son comportement sérieux, sa foi profonde et sa volonté de garder son innocence, attitudes qui annonçaient déjà son cheminement vers la vocation. En 1920, il est promu lieutenant de réserve.

Retour au pays

Enfin, en 1919, il rentrait à la maison. La joie des retrouvailles était grande.

Sa mère espérait, sans en parler, qu'il souhaiterait retourner au Séminaire. Mais les souvenirs trop récents de la guerre, la conduite malhonnête ou immorale de ses camarades, parfois même de prêtres, favorisaient un doute qu'il n'était pas en mesure de surmonter pour le moment. Il avait trop de respect pour la vocation. Etre fidèle jusqu'au bout en suivant l'appel de Dieu, était-ce vraiment possible? Alors, pour le moment, il préférait s'abstenir.

II monta à Zagreb pour s'y inscrire à l'Université selon les désirs de son père. Cependant l'agriculture l'attirait beaucoup, car il espérait, une fois ses études terminées, devenir plus utile à la ferme familiale. Et il se sentait si proche de la vie de la nature! Zagreb le déçut. La capitale de la Croatie avait changé de visage après la guerre, elle était devenue le carrefour où fourmillaient des gens d'un esprit nouveau. Voyant la débauche d'une grande partie des jeunes, Alojzije Stepinac ne trouva point d'attache d'amitié.

Rapidement, vidé de tout enthousiasme, il abandonna les études et rentra à Krasic pour aider aux travaux de la ferme comme jadis. Ce fut là, au milieu des travaux agraires où l'homme communie d'une certaine manière avec Dieu dans la nature et se mesure avec ses forces dans la fatigue mais dans la paix de l'âme, qu'Alojzije Stepinac trouva, pour le moment, l'équilibre nécessaire à son épanouissement.

Le conseil d'Etat, décidé par le régent Alexandre, se tint le 1er mars à Belgrade, dans le but de préparer la Constitution.

2. Cf. Bernard George: L'Occident joue et perd, La Table Ronde, Paris, 1968, p. 47 et suiv.

Après son voyage comme envoyé spécial du "Temps" dans les Balkans, Charles Rivet a publié le livre "En Yougoslavie", Perrin, Paris, 1919, avec en sous-titre: "La Yougoslavie des Yougoslaves et la Grande Serbie des Diplomates", Au début de son Avant-Propos, il écrit: "On pourrait dédier ce livre à ceux des diplomates français qui, n'ayant jamais quitté Paris ou à peu près, tranchent avec aisance et hauteur des questions les plus ardues de politique étrangère...".

A la p. 103, en note, Rivet écrit: "L'itinéraire de mon voyage yougoslave me faisait repasser par Zagreb trois semaines après que ces lignes furent écrites. J'y trouvai une situation aggravée. L'idée fédéraliste venait d'y faire d'énormes progrès devant de multiples vexations de Belgrade... Un ordre du jour destiné au Président Wilson protestait contre la proclamation du Royaume uni des Serbes, Croates et Slovènes, "cette proclamation ayant été faite sans avoir consulté aucun de ces peuples".

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